Philippe Audart, architecte associé – AFAA Architecture
Pouvez-vous vous présenter et présenter votre cabinet ?
Je suis Philippe Audart, architecte, associé et fondateur, à l’origine avec Marc Favaro, de l’agence AFAA Architecture, qui vient de fêter ses 26 ans. Aujourd’hui, nous sommes une agence qui compte deux associés fondateurs et deux associés plus jeunes, nous sommes une vingtaine de personnes en archi et, notre particularité, est de faire la maîtrise d’œuvre de tout le chantier.
Nous avons une conception du métier de l’architecte “à l’ancienne” qui va de l’esquisse à la livraison. Nous avons aussi une autre société, EXEE, qui suit l’ensemble de nos chantiers dont le Britannia, où nous mobilisons aujourd’hui 7 personnes sur le projet.

La particularité de notre agence est aussi d’avoir créé, il y a une quinzaine d’années, un bureau d’études HQE* avec notre associé Thomas Lacarrière, qui comprend une dizaine de personnes.
Nous travaillons en équipe, main dans la main, sur des sujets transversaux que sont la conception architecturale et la conception énergétique et bioclimatique d’un bâtiment. Notre idée première était de se créer un outil de travail indépendant qui nous permette de réfléchir transversalement sur ces grands thèmes. Nous utilisons également de l’ingénierie classique externe sur les parties plus techniques. Par analogie avec le monde de la médecine, nous sommes des médecins généralistes, capables de réfléchir à tout sujet et travaillant sur des projets très divers. Nous nous intéressons particulièrement aux moutons à cinq pattes, ce qui nous permet de nous éclater dans notre métier sur une multitude de sujets variés et ainsi d’amener des compétences, mais aussi, de monter en expertises sur plein d’autres problématiques.
Nous sommes reconnus comme une agence travaillant sur le secteur tertiaire. Nous faisons également du logement social, des projets privés, et également des manufactures pour une marque de luxe française. Nous travaillons sur des usines très performantes pour fabriquer de la bijouterie, projet éminemment technique, avec le développement le plus possible, d’une architecture écologique qui impacte le moins possible la planète. Ce souci du monde et de la planète est dans notre ADN et depuis au moins une vingtaine d’années, nous développons beaucoup de projets avec des structures bois ou de la pierre massive.
Comment définiriez-vous cet ADN et votre lien avec le Britannia ?
Notre ADN est de toucher un peu à tout et d’avoir une attitude d’architecte, c’est à dire comprendre la problématique technique et l’intégrer à l’architecture, plutôt que de la contraindre. Un autre point important pour nous, et que beaucoup semblent découvrir aujourd’hui, est la réhabilitation. C’est quelque chose qui existe dans le monde du bâtiment depuis la nuit des temps, nous avons toujours réutilisé et transformé des bâtiments, changé de fonction, agrandi… C’est un héritage des trente glorieuses que d’avoir systématiquement envisagé, dans un premier temps, la démolition pour reconstruire quelque chose de plus grand. On redécouvre les vertus de la réutilisation et de la transformation des bâtiments qui est, pour nous, quelque chose d’évident. Nous avons, à l’agence, toujours eu une grosse part de notre activité sur des bâtiments réhabilités, qu’ils soient tertiaires ou pas, comme des écoles ou d’autres bâtiments.
Il y a quelques années, je pense que nous serions allés vers la démolition du Britannia, pour reconstruire quelque chose de plus grand. Aujourd’hui, nous sommes, et tant mieux, dans une autre démarche. Le Britannia a été construit en 1974, il a 50 ans. Il est actuellement occupé par presque 4000 personnes et c’est un bâtiment important de la Part-Dieu, de plus en copropriété. Le Britannia fait partie de ces bâtiments sur lequel pas grand chose a été fait depuis sa création. C’est un bon bâtiment qui a été bien conçu. Il a naturellement vieilli avec aujourd’hui, la répercussion de la réalité des années, l’obsolescence technique, l’ancienneté des systèmes, l’absence d’isolation. Désormais, toutes ces questions se posent, et ce d’autant plus avec la contrainte légale et juridique, dont le décret tertiaire. Instauré par le décret n°2019-771 du 23 juillet 2019, celui-ci impose, aux bâtiments à usage tertiaire en France, une réduction progressive de leur consommation d’énergie finale. Les objectifs fixés sont ambitieux avec -40% d’ici 2030, -50% d’ici 2040 et -60% d’ici 2050. Il est donc naturel que des rénovations soient nécessaires pour un bâtiment comme le Britannia. Il est naturel que des questions apparaissent au moment d’engager des rénovations, surtout dans le cas d’une copropriété aussi importante que celle du Britannia. Aujourd’hui, c’est un bâtiment des années 70, demain, il peut devenir un vrai outil de travail, performant, qui ne consomme pas grand chose, voire même qui devient producteur d’énergie et de bien-être pour tout le monde. Dans l’économie actuelle, c’est l’opportunité d’avoir un bâtiment neuf. L’idée de la rénovation d’un bâtiment, c’est de le remettre au goût du jour, qu’il reparte pour 30 ans. Nous avons beaucoup d’exemples, y compris à l’agence, de bâtiments qui sont aujourd’hui très bien valorisés, au même niveau que des bâtiments neufs, alors que ce sont des bâtiments réhabilités.
Quels sont les bénéfices de cette rénovation ?
Le Britannia est un bâtiment iconique de la Part-Dieu. Depuis sa création, celui-ci n’a connu que des travaux fonctionnels. Par exemple, il y a quelques années, un défaut de climatisation a eu lieu, impliquant de changer la climatisation. C’est un coût élevé et non prévu. De plus, le Britannia est un IGH (Immeuble de Grande Hauteur est une construction qui, à cause de sa taille, se trouve soumise à une réglementation particulière en termes de sécurité), qui est soumis chaque année à des commissions de sécurité pour s’assurer de la sécurité des personnes, imposant parfois de nouveaux travaux fonctionnels. L’avantage de cette rénovation est de ne plus subir de travaux fonctionnels, mais de réaliser des travaux d’amélioration en vue de faire mieux. Mieux pour le bâtiment, mieux pour les copropriétaires, mieux pour la consommation, mieux pour les locataires et les usagers, mieux pour le confort, mieux pour l’amélioration énergétique, mieux pour la valorisation du patrimoine. Et aussi, point important, le projet global de rénovation s’appelle rénovation énergétique et aménagement de la dalle. Il s’agit donc de se reposer la question de l’urbain. Ce bâtiment présente aujourd’hui une connexion limitée à la dalle. Il constitue l’un des rares vestiges du système de dalle caractéristique des années 1970 encore présent dans le quartier de la Part-Dieu, localisé entre les Galeries Lafayette et la tour du Crayon, auquel se rattache un fragment de passerelle. Sur le plan patrimonial, ces structures commencent désormais à faire l’objet d’une reconnaissance : les édifices issus de cette période sont progressivement intégrés aux réflexions patrimoniales, comme en témoignent les échanges engagés avec les ABF**.
Justement, pouvez-vous nous parler de la rénovation de la dalle du Britannia ?
Le Britannia est un bout de l’histoire de l’architecture contemporaine, et nous nous sommes intéressés aussi au fonctionnement de la dalle. Très rapidement à travers les échanges avec les différents copropriétaires sont remontés les problèmes vécus d’espaces urbains mal “utilisés”, sur le fait que notamment à la nuit tombée, certains usages puissent apparaître et la nécessité de sécuriser l’accès pour les usagers.
L’idée effectivement est de se demander comment mieux gérer la dalle, la sécuriser et c’est grâce à ce projet que ces réflexions sont nées à la demande des copropriétaires. Le projet de rénovation va également contribuer à améliorer l’esthétique du Britannia et donc une nouvelle fois son attractivité pour aujourd’hui et pour demain.
*HQE est un acronyme qui signifie Haute Qualité Environnementale. IL correspond à une démarche qui vise à minimiser les impacts d’un bâtiment sur l’environnement. Sa construction, son usage et sa rénovation sont tout particulièrement concernés. La démarche HQE se définit comme une approche multicritères. Un bâtiment certifié HQE atteste qu’un habitat s’inscrit dans une démarche de développement durable, privilégiant les matériaux locaux et soucieux de la provenance des produits biosourcés utilisés dans sa construction).
** Les ABF sont des architectes fonctionnaires du ministère de la Culture. Avec leurs équipes, ils exercent une mission de service public. Ils s’assurent du respect du patrimoine, des paysages, de la qualité des constructions et de la création architecturale.